Para Commando Opération survie Congo Belge témoignages

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Témoignages : Camp de survie au Congo les photos servent uniquement pour documenter le texte vous pouvez les retrouver sur un autre site que j'ai crée un site uniquement consacré à nos Paras Commandos au Congo Belge  Merci  à Arcq / Guy Becq /André Matys/ Fernad Fensie et beaucoup d'autres pour leur photos documents    Liens  Clique sur le gif animé  

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Camp d'entrainement Commandos de Kota Koli Zaire  et de Bigogwe (RWANDA) 

La première reconnaissance du site de Kola-Kali fut menée par le capitaine Gaston Bebronne détaché du Centre de Marche-les-Dames Kota-Koli dresse au milieu d'une savane épaisse, à 18 kilomètres de la frontière entre la République Démocratique du Congo et la République Centre Afrique. 

Avant 1960 : Il existait à la Base de Kamina un camp où s'entraînaient les mil belges du Régiment Para commando y était organisée la fameuse épreuve de survie en brousse. Ceci avait été imaginé et mis sur pied par des commandos et terminé depuis 1960 Des milliers de Para-commandos qui ont eu la chance d'effectuer le fameux exercice ''Survie'' le doivent au capitaine Jean Militis ''.Parachuté dans la savane à peine au sol après un drill d'évacuation rapide d'un avion simulé en difficulté. Nous étions aussi théoriquement en territoire ennemi nous étions obliger d’éviter les agglomérations

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Les hommes se retrouvent au sol par équipe de dix.Ils doivent progresser pendant dix jours à travers savane en dehors de tout itinéraire connu, sans possibilité aucune de rencontrer des villages, des routes, ni même des pistes.Pour tout bagage , ils disposent de l'armature du Bergman d'un sac de couchage  d'un imperméable en saison des pluies. de deux gourdes. d'un canif,d'une gamelle, d'un fusil et de trente cartouches. de sel, de quinine et d'halazone.Chaque homme revêt sa tenue de brousse porte un chapeaux mais ne possède ni vêtements de rechange , nécessaire de toilette, nourriture, cigarettes, emporte une ration conditionnai scellées à n'ouvrir qu'en cas de nécessité absolue. Une inspection sévère est effectuée avant le départ pour contrôler si chacun respecte les règles. Aucun ravitaillement  obligé de se nourrir de ce que nous allions trouver gibier, plantes….

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Les Para-commandos sont accompagnés de guides indigènes chargés de leur enseigner l'art de se nourrir de produits comestibles ( chasse –pêche)  Le 5ème jour au seul point de l'itinéraire franchissant une piste carrossable. l'équipe continue l'épreuve avec un seul guide indigène .Nous avions des machettes très utile pour se créer un passage dans certaines galeries forestières construire sa hutte et  couper son bois pour cuire la viande lorsque la chasse a été bonne. Pour s’orienter le chef d’équipe emporte une boussole et un croquis au 1/200.000 de la zone très vite on constate que nos boussoles ne servent a rien étant dans une région riche en minerais de fer.Pour nous repérer nous avions au loin un arbre assez caractéristique mais nous le voyions seulement quand nous étions sur une colline Nous devions souvent de notre route les herbes faisant plus de trois mètres de haut il fallait regrimper dans les arbres pour corriger notre trajectoire plutôt fantaisiste dans cette brousse.Pour s'orienter utiliser aussi la position du soleil Militis a tout prévu pour mettre le moral des Paras a l'épreuve.L'instructeur peux conseiller mais aussi prendre le rôle de démoralisateur et prévoir des épreuves insurmontables

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Pour se nourrir nous rajoutons des petits morceaux de viande allait agrémenter la soupe de tembo tembo, herbes à éléphant et de voumba-voumba, autre plante comestible renseignée par notre guide africain que nous allions manger pendant 10 jour une fois la soupe cuite, nous retirions le morceau de viande pour la soupe suivante pendant que nous essayions d'avaler cet infâme brouet, l'instructeur lui avait des vivres se préparait un bon repas dont l'odeur venait chatouiller nos narines il partageait son repas avec le guide et comme si cela n'était pas suffisant il allumait une cigarette Il  y avait tout ce qu'il faut pour faire un repas, pour fumer dans cette boîte de ration dans notre sac avec la défense d'en briser les scellés sous peine de rater la survie. 5ème jour, nous arrivions à un point de contrôle un médecin nous examinait et décide si nous pouvions continuer ou non. L'instructeur lui nous quittait, fini de nous tenter avec ses repas et ses cigarettes. Le guide africain continuait avec nous, et comme il ne pouvait plus profiter des vivres de l'instructeur et qu'il était soumis au même régime alimentaire que nous, il commença à nous procurer des champignons pour agrémenter notre soupe et surtout il nous dénicha des thermites. Nous chauffions nos gamelles à blanc et après avoir arraché la tête et les ailes des thermites nous les jetions dedans pour bien les rissoler Les fruits  petites oranges sauvages vraiment trop amères pour que nous puissions les manger leur jus servait à masquer le goût infâme des cachets que l'on mettait dans nos gourdes pour rendre l'eau potable 10 ème jour C'était la fin mais savions pas que moralement se serait le plus dur.

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Nous arrivions enfin sur une piste et pensions que les derniers kilomètres seraient un jeu d'enfant. Mais là, des instructeurs nous attendaient et nous devions rendre nos sacs avec tout le matériel, y compris la boîte de ration scellée, nous avions même du remettre nos montres, nous gardions juste une gourde d'eau et notre fusil. En avant marche, si la progression était plus facile sur la piste que dans la brousse, après avoir marché 9 jours dans des terrains mous le choc de nos pas sur la terre tassée finis par nous faire mal aux chevilles. Brusquement à un tournant de la piste nous voyions les camions, encore 1 km et c'était fini, mais arrivés à 100 m des camions, ceux-ci redémarrèrent et disparaissaient derrière un tournant de la piste. A ce moment un indigène se trouvant le long de la piste nous tendis une tartine, nous passâmes stoïquement devant lui en essayant de l'ignorer, car les instructions étaient bien claires, pas de contacts avec quiconque avant la fin de l'exercice. Et le pire restait à venir, à la sortie d'un tournant de la piste, nous voyions des tables dressées avec de la nourriture exposée en abondance et comble de tentation Pas question de succomber, la survie serait finie quand nous aurions atteint les camions. Nous marchâmes encore plus ou moins 4 kilomètres pour atteindre ces foutus camions. Là, nous devions resserrer nos bretelles et faire du drill pendant 15 à 20 longues minutes. Enfin, on nous donna un peu de riz et un petit pain, dont nous ne pûmes manger que la moitié et une cigarette dont la fumée nous fit tourner la tête.

Objectif atteint, j'avais perdu 10 kilos en 10 jours mais nous avions réussi notre opération survie.                                       

guepard.gif    Raconté par Julien Klein guepard.gifc190c6a5d6f5b5d2a130fef32dd47fff.gif


En 1952,
j'avais 16 ans et voulais faire carrière à l'armée, je m'engageais donc. En novembre 1952 je rejoignis la c
aserne de Flawinne, centre d'instruction de l'infanterie pour six semaines d'instruction de base. L'instruction élémentaire terminée, affecté au régiment je fus transféré à la compagnie d'instruction para à la citadelle de Namur sous les ordres du lieutenant Baert. Je suivis donc l'entrainement pour avoir mon béret rouge et réussissais les tests pour avoir le droit de porter celui-ci. Le jour de la remise des bérets, j'étais fin prêt, tiré à 4 épingles, briqué comme un sous neuf quand quelques heures avant la cérémonie le lieutenant Baert m'interpella " Mais Julien, quel âge as-tu?" " 17 ans et demi, mon lieutenant" " Alors je suis désolé dit-il, il faut 18 ans pour être para, tu ne peux recevoir ton béret aujourd'hui". Imaginez ma déception, avoir réussis et devoir continuer à porter un béret kaki!! Devenu RTU par la force des choses je fus versé au régiment para pour apprendre la radio. Quelques jours après mes 18 ans, je demandais le rapport du commandant de compagnie pour voir si je pouvais recevoir mon béret rouge et il me répondit que je devais repasser les tests, si j'en étais capable. Je repassais donc une deuxième fois les tests et reçu enfin ce précieux béret lie de vin. Je passais ensuite mon brevet parachutiste à Schaffen. Ayant réussis les tests pour être radio, le capitaine Feremans me désigna comme radio à Kamina. Je m'embarquais donc pour le Congo.

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En 1956, j'ai fait le raid de survie mis au point par le colonel Militis, alors capitaine. Quelques uns l'avaient déjà fait et un jour on nous a parachutés dans la savane en 10 squats de 8. A peine au sol, nous devions donner tout ce que nous avions comme vivres et surtout comme cigarettes, ce détail à son importance. Les officiers nous expliquaient que, théoriquement, nous étions en territoire ennemi et que nous devions éviter les agglomérations, que nous n'avions pas de ravitaillement et que nous devions vivre de ce que nous trouverions comme gibier ou plantes. On nous donna un point de ralliement que nous devions atteindre en 10 jours si possible. Nous recevions une boîte de ration scellée, et, accompagnés d'un guide et d'un instructeur nous nous enfoncions dans les matitis où nous constations rapidement que nos boussoles étaient inutiles étant dans une région riche en minerais de fer.

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element-feux-00016.gifPour repère nous avions au loin un arbre assez caractéristique mais nous le voyions seulement quand nous étions sur une colline, dans des herbes faisant 3 mètres de haut nous avions dévié souvent de notre route et il fallait regrimper à nouveau pour corriger notre trajectoire plutôt fantaisiste dans cette brousse. Le premier jour nous tombions sur notre premier gibier, une vipère cornue, ce fut d'ailleurs le seul que nous tuâmes sur les dix jours de l'exercice. Une autre équipe eut plus de chance que nous, elle tuait une antilope ce qui lui assura une provision de viande pour plusieurs jours. 

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element-feux-00016.gifNous avions partagé la vipère en dix et ce petit morceau de viande allait agrémenter la soupe de tembo-tembo, herbes à éléphant et de voumba-voumba, autre plante comestible renseignée par notre guide africain, que nous allions manger pendant 10 jours. Petite précision, une fois la soupe cuite, nous retirions le morceau de "viande" pour la soupe suivante. Et pendant que nous essayions d'avaler cet infâme brouet, l'instructeur qui lui avait des vivres en quantité se préparait un bon repas dont le fumet venait chatouiller nos narines. Repas qu'il partageait avec le guide, et comme si cela n'était pas suffisant il allumait une cigarette et venait nous souffler la fumée sous le nez. Dire qu'il y avait tout ce qu'il fallait pour faire un bon repas et surtout pour fumer dans cette boîte de ration que nous trimballions dans notre sac avec la défense d'en briser les scellés sous peine de rater la survie.Et comme si la faim ne suffisait pas, le deuxième jour alors que j'ouvrais le chemin avec une machette j'eu un geste maladroit et fendis le cuir de mes rangers, aussitôt l'eau s'infiltrait dans ma chaussure droite, l'humidité alliée au frottement me firent rapidement des plaies au pied mais je continuais, et puis y avait-il moyen de faire autrement.

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 element-feux-00016.gifAu soir du troisième jour, après avoir avalé ma soupe, si on peut appeler cela de la soupe, l'envie de fumer était trop forte, je roulais des feuilles d'une plante et commençais à fumer cette cigarette improvisée, en avalant cette fumée je perdis conscience quelques secondes, je jetais cette cochonnerie et n'ai plus renouvelé l'expérience. Et pendant ce temps là, l'instructeur continuait à se mijoter des petits plats et surtout à fumer devant nous. 

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element-feux-00016.gifLe cinquième jour, nous arrivions à un point de contrôle où un médecin nous examinait et décidait si nous pouvions continuer ou non. En voyant les plaies de mon pied droit, il voulait m'empêcher de poursuivre mais je lui ai dit que je n'étais pas d'accord et que j'irais jusqu'au bout. Finalement il me laissa repartir avec l'équipe mais l'instructeur lui nous quittait, fini de nous tenter avec ses repas et ses cigarettes. Le guide africain continuait avec nous, et comme il ne pouvait plus profiter des vivres de l'instructeur et qu'il était soumis au même régime alimentaire que nous, il commença à nous procurer des champignons pour agrémenter notre soupe et surtout il nous dénicha des thermites. Bon ce n'était pas de la viande mais c'était mangeable. Nous chauffions nos gamelles à blanc et après avoir arraché la tête et les ailes des thermites nous les jetions dedans pour bien les rissoler, ce n'était pas comparable aux crevettes bien sûr mais cela avait quand même un goût assez agréable. Cette nuit là, celui qui était de garde d’assoupis et laissa mourir le feu, brusquement je fus réveillé par un cri, c'était mon voisin qui criait en wallon " I a one bièsse ad'lé mi" (Il y a un bête près de moi). J'empoignais mon fusil et tirais en l'air pour être certain de ne toucher personne.

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element-feux-00016.gifAvec la vipère cornue c'était le deuxième animal qui était assez près de nous et dans le noir nous n'avons même pas pu en profiter pour le tuer. Nous vîmes encore des singes les jours suivants mais beaucoup trop loin pour pouvoir espérer les abattre. Soupe de tembo-tembo et voumba-voumba avec un morceau de vipère qui faisait trempette, champignons et thermites, fut notre menu invariable pour le reste de la survie. J'allais oublier le seul fruit que nous avions trouvé, des petites oranges sauvages vraiment trop amères pour que nous puissions les manger, mais leur jus servait à masquer le goût infâme des cachets que l'on mettait dans nos gourdes pour rendre l'eau potable. Nous étions enfin à l'aube du dixième jour, nous touchions au bout mais nous ne savions pas que moralement se serait le plus dur. Nous arrivions enfin sur une piste et pensions que les derniers kilomètres seraient un jeu d'enfant. Mais
là, des instructeurs nous attendaient et nous devions rendre nos sacs avec tout le matériel, y compris la boîte de ration scellée, nous avions même du remettre nos montres, nous gardions juste une gourde d'eau et notre fusil. En avant marche, si la progression était plus facile sur la piste que dans la brousse, après avoir marché 9 jours dans des terrains mous le choc de nos pas sur la terre tassée finis par nous faire mal aux chevilles.

element-feux-00016.gifBrusquement à un tournant de la piste nous voyions les camions, encore 1 km et c'était fini, mais arrivés à 100 m des camions, ceux-ci redémarrèrent et disparaissaient derrière un tournant de la piste. A ce moment un indigène se trouvant le long de la piste nous tendis une tartine, nous passâmes stoïquement devant lui en essayant de l'ignorer, car les instructions étaient bien claires, pas de contacts avec quiconque avant la fin de l'exercice. Et le pire restait à venir, à la sortie d'un tournant de la piste, nous voyions des tables dressées avec de la nourriture exposée en abondance et comble de tentation, il y avait un para-commando que je connaissais bien puisqu'il était de Dison comme moi, Franz Joset (n.d.l.r. membre de Verviers) qui touillait dans une casserole de riz. Pas question de succomber, la survie serait finie quand nous aurions atteint les camions. Nous marchâmes encore plus ou moins 4 kilomètres pour atteindre ces foutus camions. Là, nous devions resserrer nos bretelles et faire du drill pendant 15 à 20 longues minutes. Enfin, on nous donna un peu de riz et un petit pain, dont nous ne pûmes manger que la moitié et une cigarette dont la fumée nous fit tourner la tête. Objectif atteint, j'avais perdu 10 kilos en 10 jours mais nous avions réussi notre opération survie.

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Marc , Voici en pièce jointe le récit en question. En ce qui concerne des photos, il me semble que tu en as déjà une bonne collection. Un ami de mon propre squad O.S. t'en avait déjà fourni quelques une. J'ai reconnu H. Le Grelle et moi-même, entre autres, sur plusieurs de ces photos. Te souhaitant bonne réception de mon texte et avec mes amitiés. Claude-Ferdinand Mathieu.

                 OPÉRATION SURVIE AU KATANGA - CONGO BELGE

Août 1959 du 13ème Détachement d’Afrique incorporé au 2ème Commando  ( devenu 6ème puis 4ème Commando )

Récit d’un participant ayant fait partie d’un squad du 4ème Commando .

Samedi 8 août - Premier jour  Vibrant de ses deux vaillants moteurs, le C47 Dakota serra son virage en configuration de montée pour modifier son cap de 180°. La manœuvre était mal venue car le stick était déjà prêt, debout dans l’attente du feu vert pour le saut. Tenant l’échine courbée, étant donné le peu de hauteur disponible dans la carlingue de ce type d’avion, la force centrifuge nous oblige à ployer encore un peu plus les genoux. Premier de stick en attente de recevoir le go nous autorisant à sauter, l’horizon de la terre rouge d’Afrique défile à la pointe de mes bottines pendant de longues secondes, à cadence constante. Bougre de pilote, pensais-je. Les G positifs que nous encaissons doivent augmenter notre poids de manière significative, comme si la charge de notre équipement personnel (bag et parachutes) n’était déjà pas suffisante.

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Après le rétablissement de l’avion en assiette de largage, nous nous éjectons de cet avion avec la grande satisfaction d’être délivré de cette fatigante contrainte pondérale. Il est vrai que nous étions supposé être en évacuation rapide d’un avion simulé en difficultés.La zone de droppage se situait à environ 100km au nord-ouest de Kamina, aux confins de la Lubishi.Dès notre arrivée au sol, nous nous regroupons pour une inspection de notre matériel. Chaque squad de douze hommes prendra des directions différentes. Prenant l’itinéraire sud-nord, nous allons parcourir 120km en 10 jours avec une armature de bergham au dos et sur laquelle est arrimé un sac de couchage à l’aide d’un togle-rope, flanqué d’une machette engagée dans un fourreau. Enroulé dans ce sac, nous y avons rangé une douzaine d’objets (pas plus): un pull, un filet de face, une moustiquaire, une gamelle, une cuillère, un canif, un briquet, de l’huile de fusil et des flanelles, une fiole de nonante pastilles de sel, une autre de cent pastilles de chlore et une boite de ration « C » inviolable sous peine de disqualification de son utilisateur. Envisager l’ouverture de cette boite aurait eu comme conséquence première et directe pour l’intéressé de perdre une certaine fierté : celle d’accomplir une mission jusqu’au bout, en cohésion de groupe, dans les règles acceptées par tous.

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A portée de main et comme matériels des plus nécessaires à notre expédition : une gourde enfilée au ceinturon, ainsi qu’un fusil Lee-enfield porté en bandoulière et quarante cartouches. Chapeau de brousse, lunettes solaires ABL et montre au poignet ne seront pas superflus. Les appareils photo étaient acceptés et il m’est permis d’emporter un excellent couteau de chasse. Aucune autre chose n’est autorisée, pas de tenue de rechange ni de nécessaire de toilette, pas même un mégot de cigarette ou un carré de sucre qui aurait été « oublié » dans le fond d’une poche. Nous devons nous débrouiller pour trouver nourriture et eau par tous les moyens possibles, en nous considérant comme en territoire ennemi, sans pouvoir prendre contact avec un habitant,  tout en accomplissant les 120km. dans la bonne direction. Tel était le scénario de l’opération.

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Est-ce utile de préciser qu’il n’y avait de toute façon pas le moindre petit village d’indigènes dans un rayon de 100km. Sauf nouvelle découverte d’une tribu inconnue qui aurait échappé à l’emprise de notre civilisation pas toujours très idéale. Nous utiliserons donc toutes les ressources que la brousse nous procurera : plantes, fruits, gibiers et eau. Un Congolais nous accompagnera uniquement pour nous indiquer la comestibilité de certaines plantes. A nous de bien l’observer et de l’imiter dans ses choix alimentaires pour « apprendre » à survivre. L’eau sera l’élément essentiel durant notre périple. Saint-Exupéry au milieu du désert écrivit : « Eau, tu n’as ni goût, ni couleur, ni arôme, on ne peut pas te définir, on te goûte sans te connaître. Tu n’es pas nécessaire à la vie. Tu es la vie… »

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Pendant dix jours, cette savane katangaise allait devenir notre domaine d’existence. Nous allions dépendre entièrement d’elle mais aussi de nos capacités à concevoir des astuces afin de pouvoir contourner les difficultés. Nous allions nouer un pacte avec cette nature sauvage qui n’avait guère dû changer depuis de nombreux siècles. Comment réagirait notre moral ? Nous vérifions une dernière fois notre matériel et prenons une dernière tasse de thé. Chaque squad reçoit deux boussoles et une carte muette au 1/200.000(!) indiquant seulement les forêts galeries. Départ ordonné, la troupe se déploie. Nous traversons un étroit pont de singe surplombant une faille ou la Lubishi (?). Passé ce Rubicon, le sort en était jeté.

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Nous ne devrons pas nous fier aveuglément à la boussole car le terrain à certains endroits peut receler une grande quantité de minerais de fer. Au besoin, la montre devra alors nous être utile pour la positionner comme il convient avec le soleil afin de déterminer le nord, et tenir ensuite le cap voulu en visualisant des repères au sol.Durant les premières heures de marche nous nous sentons très à l’aise et en profitons pour observer le terrain sur lequel nous nous engageons. Terre brûlée et poussiéreuse, squelettes noircis d’arbres calcinés dont les branches supportent parfois une bande de vautours au sinistre plumage. Ils donnent l’impression de nous observer d’un mauvais œil. C’est la saison sèche. Côté négatif : l’eau se fera discrète, très rare. Côté positif : là où apparaissent quand même des matitis, ils seront moins denses, - ce qui, en principe, sera plus favorable à la chasse -, et les forêts galeries à traverser seront relativement moins touffues, encore que ! Pas très loin à l’horizon s’élevait un immense feu de brousse étalé sur plusieurs kilomètres de large. Vulcain attisait ses foyers. Nous passerons sur son enclume où la chaleur brûlante des rayons solaires martèlera nos tempes.

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Pour cette nuit comme pour les autres nuits, nous ne nous fatiguerons pas à établir des abris. Notre expérience de « boy-scout-para-commando » ne sera pas mise à contribution dans ce domaine comme elle aurait dû l’être sous les pluies torrentielles en saison humide. Ce seront bien entendu des occasions en moins pour faire le plein d’eau, mais qu’importe, nous nous débrouillerons autrement.Nous installons notre premier bivouac à proximité d’un marigot trouvé fort à propos et y remplissons nos gourdes, sans oublier d’y ajouter une ou deux pastilles d’halazone. La section de chasse revient bredouille avant le coucher du soleil. Nous n’avons donc rien à nous mettre sous la dent. D’aucuns récoltèrent hâtivement quelques têtes de fougères dont la recette de cuisson était simple : à cuire dans de l’eau. Avec ou sans sel, rien n’y fera : pas le moindre goût.Provision de bois est faite avant que le crépuscule n’arrive vers la dix-huitième heure. Bien qu’un volumineux tas de bois soit rassemblé, il n’en restera plus une seule brindille au petit matin. Pendant les trois premières nuits, nous prîmes cette inutile habitude d’alimenter un imposant bûcher alors que quelques flammes suffisaient à éloigner les bêtes sauvages.La nuit tombe. Nous enlevons uniquement nos chaussures pour nous enfiler dans nos sacs de couchage rangés en cercle autour du foyer.

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 Comme oreiller, le pull nous assure un confort minimum. Rompus de fatigue, nous trouvons facilement le sommeil sous un magnifique clair de lune et un ciel parsemé d’étoiles. Les bizarres cris d’animaux lacérant par intermittence le silence des nuits congolaises ne nous réveilleront pas. Relayé toutes les heures, un compagnon reste de garde pour entretenir le feu. Tant que ces flammes brillent dans la nuit, les bêtes sauvages resteront à bonne distance du campement car elles en ont une peur instinctive. Au milieu de cette nature hostile, nous retrouvons toute la valeur première d’une des découvertes les plus anciennes de l’homme : l’usage du feu protecteur. Sans entrer dans les détails, une journée de notre squad se déroulait de la manière suivante :Marche de dix à quinze kilomètres par jour, de 6h jusqu’à midi. Cette petite distance peut paraître assez banale pour des hommes bien entraînés, mais il ne faut pas oublier, en plus des températures relativement proches de celles de l’équateur, que les forêts galeries se situant le long des rivières, même si ces dernières sont asséchées, ne ressemblent en rien à nos forêts wallonnes.Au Bas-Congo, dans le Mayumbe, il nous est arrivé de traverser une de ces forêts galeries de deux kilomètres de profondeur en un peu moins de deux heures de temps. On se frayait péniblement à la machette un passage d’homme à travers une végétation luxuriante et serrée. Des parasites, des insectes de toutes espèces nous pleuvaient sur la tête, dans les yeux, nous envahissaient et s’infiltraient dans nos vêtements aux endroits les plus délicats. Fort heureusement, nous n’avons pas rencontré ce genre de conditions au cours de notre expédition.- L’après-midi, nous nous tenions au repos jusqu’à la seizième heure. Vers cette heure là, comme nous n’étions plus en mouvements depuis quelques heures, la chasse pouvait devenir plus fructueuse.

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  L’installation du bivouac devait être la priorité suivante. En ce qui concerne le squad, il était composé de trois équipes de plus ou moins quatre hommes chacune dont on alternait parfois les fonctions. On tenait compte des compétences particulières de certains. En mouvement, l’équipe 1 s’occupait de la lecture de carte. La deuxième se tenant au milieu de la file indienne n’avait aucun rôle particulier à jouer, mais était responsable de la chasse en fin de journée. L’équipe 3 suivait et devait se tenir à l’affût d’un éventuel gibier durant la progression du matin, aidé éventuellement en cela par l’équipe 2 au cas où un gibier était levé. Elle était responsable de l’ordonnance du bivouac en fin d’après-midi, corvée bois comprise, mais en pratique tout le squad y participait. Du premier jusqu’au dernier jour, l’esprit d’équipe fonctionna parfaitement. Normalité coutumière car Spirit commando oblige.(N.B. : Cette organisation est un constat à posteriori car elle n’avait pas été fixée d’avance. Elle s’était très vite improvisée à peu près de cette manière, au fil des premières heures, comme venue par un instinct d’efficacité de groupe. Un fait certain : un autre squad ne parvint pas à tirer un seul gibier sur les dix jours. Etait-ce dû à un manque d’organisation de la chasse ?).  

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Deuxième jour - L’aurore, déesse aux doigts de roses, sœur du soleil et de la lune, nous réveille.(Les crépuscules et les aurores sont toujours superbes en Afrique). Nous enfilons nos chaussures, rangeons notre barda et reprenons immédiatement la progression. Le petit déjeuner ne fera jamais partie de nos habitudes. Pas question de se baigner. Une flaque d’eau claire était trop rare pour ce luxe. Lorsque nous en trouvions une, on ne faisait que se rafraîchir la tête, après remplissage des gourdes. En ce début de matinée du deuxième jour, et comme toute les matinées qui suivront, nous nous hâtons pour profiter au maximum des heures les plus fraîches de la journée. A partir de la treizième heure, la progression devient pénible et il est préférable de se réfugier sous le couvert des forêts. De plus, les insectes y sont moins agressifs. Accablés par la chaleur, nous nous reposons sous des voûtes de verdure. Au repos, il faut néanmoins se méfier des serpents, surtout aux abords d’anfractuosités de roches. Mais dans ces sortes d’oasis, de rares rayons de soleil ne se frayent qu’un petit passage entre les arbres. C’est le royaume d’un mystérieux clair-obscur. Par-ci, par-là, de minuscules auréoles solaires tremblent sur le sol couleur d’ombre. D’immenses arbres au tronc lisse, fiers comme des colonnes, poussent leur cime vers un ciel inaccessible. Et tous ces mâts gigantesques sont reliés entre eux par des lianes tordues où se balancent pêle-mêle de magnifiques orchidées, des fleurs étranges aux admirables couleurs, des nids de guêpes semblables à de grands sacs noirs et des toiles d’araignées atteignant ensemble plusieurs mètres de diamètres.

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Les plaintes criardes des chimpanzés et les glapissements d’autres espèces d’animaux se répercutent dans les profondeurs sylvestres.Habillez cette forêt de tons allant du jaune clair au bleu en passant par le brun et toute la gamme des verts. N’oubliez surtout pas un seul vert. Lâchez-y des milliers de papillons parés d’or, de nacre ou de bleu, ajoutez-y une odeur de moisi, de lourdes vapeurs et de parfums pénétrants… et vous vous ferez une idée à peu près correcte de ce que nous préférions à ces innombrables nuées de mouches et de moustiques, qui, en savane, nous harcelaient sans cesse de leurs bruits, de leurs chatouillements et de leurs lancinantes piqûres.Il est 16h30. Quelques uns parmi nous parviennent à s’extraire de leurs rêveries et s’embusquent à l’affût d’un gibier.L’incertitude à pouvoir se procurer de la nourriture déprime un peu le moral. L’estomac se resserre de plus en plus et la bouche grimace de faim.Un chanceux attrape une grosse sauterelle. Bien maigre gibier pour douze individus ! Nous lui laissons le privilège de la manger à lui tout seul. Il arrache les pattes et la croque illico, comme le noir en avait montré l’exemple quelques heures plut tôt.Choisissant mal l’occasion d’aborder un tel sujet, un plaisantin croit bon de chuchoter la description de ses désirs culinaires accompagnés d’une bière bien mousseuse. Sans trop en dire, l’imagination des autres fabule sur le même thème.Un coup de feu claque. La poudre a parlé. Adieu rêvasseries. Je venais d’ailleurs de m’éloigner de l’endroit où nous étions au repos.

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 Dans un craquement de branchages et à toute vitesse, deux phacochères foncent droit dans ma direction. Les tirs se font plus nourris mais imprécis à cause de la végétation. Des balles piaulent à peu de distance de mes oreilles. En un réflexe éclair extrêmement judicieux, je me plaque au sol comme une crêpe. C’était situation bien délicate que de se trouver à trente mètres de deux bêtes sauvages vous chargeant au milieu d’un tir croisé. Fort heureusement, la première bête m’évita et la deuxième mordit la poussière sous le feu de quelques balles doum-doumées. L’affaire aurait pu mal tourner ; il était sans intérêt que je fusse resté stoïquement debout.La joie éclate. Le jeune sanglier africain est pendu par les pattes arrières à une branche basse afin d’être immédiatement dépecé et mis à boucaner. Une bonne partie de la viande sera immédiatement engloutie dans nos estomacs. Toute la nuit, le noir fit griller les abats que nous lui avions laissés. Il fit un festin de roi pendant plusieurs heures. Le lendemain matin, sa panse avait doublé de volume.Les restes de viande subiront encore un boucanage la nuit suivante, pour être ensuite distribués le plus équitablement possible. Il y avait juste de quoi remplir chaque  gamelle.

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Troisième jour : Vers la neuvième heure et comme convenu, un avion T6 Harvard de Baka nous survole. Il le fera encore le 7ème jour. Afin de confirmer le bon déroulement de notre opération, nous disposons sur le sol, suivant un code bien défini, six larges calicots de couleurs vives.On raconte qu’un squad d’une opération antérieure à la nôtre fit l’objet d’une amusante plaisanterie de la part de la Force Aérienne. Au moment de le quitter d’un battement d’aile, l’avion largua une bouteille de coca vide mais contenant la photo d’une pin-up.Le soir de ce troisième jour, au retour d’une chasse solitaire, l’un de nous rapporta deux petits ramiers. Nous le félicitons pour sa prouesse d’en avoir descendu deux. Répartis en douze parts, les morceaux furent bouillis dans nos gamelles de manière a obtenir également un bouillon. Ce maigre repas terminé, nous rangeons soigneusement les os décharnés dans le filet de face (avec ceux du phacochère), lequel sera camouflé le mieux possible au fond de la dite gamelle. Pendant le sommeil, c’est l’unique moyen efficace pour protéger de la voracité des fourmis les menus atomes de viande encore accrochés à ces os. De toute manière, pour ce qu’il en restait, ils étaient plutôt d’un soutien moral ; nous avions l’illusion d’avoir encore de la nourriture.  Certains ne résisteront plus au régime végétarien ; ce jour-là, ils mangèrent une herbe fine en guise de salade. Les plus opportunistes attendront le lendemain matin pour constater un éventuel  dérangement intestinal des premiers, avant de passer eux-mêmes à ce régime diététique forcé

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Quatrième jour : Nous tirons deux grosses pintades pour le menu du soir. Grillées, elles remplissaient deux gamelles que nous nous passâmes de l’un à l’autre. Supplice de Tantale : il fallait garder la bonne attitude pour n’avaler que deux bouchées afin d’en laisser pour les suivants.Dans les gamelles chauffées à blanc, des termites auraient pu être rissolées, à condition de pouvoir les extraire des termitières. Nous n’avons pas eu l’occasion d’accommoder nos menus avec ces protéines. 

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Cinquième jour :Nous atteignons un chemin à l’endroit prévu pour le rendez-vous médical. Trois hommes abandonnent par manque de moral ou pour des raisons physiques. (Difficile de faire la part des choses)A la quinzième heure, nous reprenons nos cartes et nos boussoles. Sur le moment, et suite à ces défections, le moral en prit un coup. Ces trois hommes allaient nous manquer pour la répartition du poids des tâches dans les jours à venir. D’un autre côté, 1/9 de n’importe quel animal à manger était plus intéressant qu’un douzième. Le moral repris donc le dessus.

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Sixième jour : Étape très dure. Ce jour, l’aridité du sol est telle que le curieux phénomène de mirage se profila à l’horizon. Un petit oiseau, genre tourterelle, vient s’ajouter à notre tableau de chasse. Le régime plantes et fruits devient notre ordinaire : vumba-vumbas, tembo-tembos, matungulus, divumbas, pommes de singe, têtes de fougère, fruits de palme, tout y passe. Les diarrhées en incommoderont plus d’un, reconnaissables aux joues creuses.Me vint une idée  gastronomique : verser deux gouttes d’huile de fusil dans mon infecte jus du soir de manière à y voir apparaître des « yeux de bouillon ». L’illusion était parfaite.A la réflexion, pour survivre il faut se fabriquer de bonnes doses d’illusions et y croire 

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Septième jour :.A huit heures du matin, en plein début de progression, nous tirons une jeune gazelle. Nos fusils font merveilles malgré la rapidité de cet animal.Cette fois nous sommes à peu près certains de terminer l’expédition en pas trop mauvais état. Pour éviter la putréfaction rapide de la viande, la bête est immédiatement dépecée et boucanée. Les viscères sont abandonnées à bonne distance où des charognards la dévoreront. Des vautours tournoyèrent au-dessus de nos têtes de temps à autres lors de notre « épopée ». Peut être sentaient-ils notre état de faiblesse lorsque nous étions en manque de nourriture. 

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Huitième jour : A trois heures du matin, nous dormions et l’homme de quart s’était assoupi. Une colonne de fourmis de tailles diverses se fraya un chemin carrément au travers de notre campement. Il s’ensuivit une panique générale chez les valeureux broussards.« Une fourmi noire, dans la nuit noire, sur la pierre noire, Dieu seul la voit » (Proverbe arabe)ces bestioles s’infiltrent partout, sur et dans les vêtements, dans les équipements ; on ne les aperçoit que lorsqu’elles y sont déjà en grand nombre, généralement lorsque l’une d’elles vous pique au sang. Plus elles sont petites, plus leur piqûre est douloureuse. Deux heures plus tard, au lever du jour, nous en retrouvons encore dans les gamelles. Le reste de la journée se passera sans histoire et nous nous permettons d’être moins vigilants pour chasser. Distrait, le plus petit d’entre nous s’embourbe jusqu’aux cuisses dans des traces de pattes d’éléphants. Une série de jurons en wallon le confirment, pendant qu’il se démènera comme un beau diable pour s’extraire de sa fâcheuse position.Depuis le premier jour, nous avons toujours eu de la chance pour remplir nos gourdes. Nos pastilles chlorée pour désinfecter l’eau ont été nécessaires dans bien des cas. Un miroir d’eau un peu glauque, piétinée par de multiples traces d’animaux et parfois entourée d’excréments en décomposition, était une découverte trop rare pour que nous puissions nous permettre de la dédaigner lorsque la gourde était vide. 

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Neuvième jour : Cette nuit, un peu avant l’aube, un violent orage nous réveilla plus tôt que prévu. Jamais en nos pays on ne voit un tel déchaînement de ce type de forces naturelles.Sur un fond de ténèbres, des éclairs aveuglants zèbrent le ciel tous azimuts. Les flashs continus donnent des formes de spectres à la végétation. Un vent de forte intensité s’abat avec furie dans les grands arbres. Des branches se détachent de leur tronc avec fracas pour s’abattrent lourdement sur le sol. De sinistres craquements d’éclairs se succèdent de manière ininterrompue, suivis de répétitifs tonnerres de dieu. Pour finir, une pluie torrentielle tombe à seaux pour nous transpercer jusqu’aux os dans nos sacs de couchage transformés en éponge. Mais cette douce et tiède pluie venait à point, cela faisait neuf jours que nous n’avions plus pris de douche. C’était le nirvana de se sentir mouillé par un déluge d’averses plutôt que par notre sueur. Quand la tourmente fut apaisée, des cancrelats jaune ou couleur caca d’oie, gros comme la paume de la main, et d’autres biloulous de tout acabit, réapparurent et grouillèrent à foison autour de nous. Pas un n’était appétissant ; très peu étaient comestibles.Le matin, le soleil nous sécha très rapidement. Après deux heures de marche, nous prenons un peu de repos. D’après nos estimations, nous n’étions plus qu’à deux ou trois kilomètres de notre point d’arrivée. Pour nous détendre, nous nous amusons à tirer quelques munitions. Nous visons des cibles absolument ridicules : noix de palmes, fleurs, papillons…. Cette pétarade fait fuir le gibier sans coup férir, mais il n’a plus rien à craindre de nos fusils.L’après-midi, en file indienne mais à bonne distance l’un de l’autre comme à l’habitude, nous  marcherons encore flegmatiquement sous un de ces petits orages du meilleur cru local.Arme à la bretelle et certain de notre victoire, nous continuâmes calmement sous l’averse, d’un pas lent de centurion. 

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Dernier jour :Nous levons le camp à 6 heures, arrivons au point de rendez-vous vers 7 heures et commençons alors les ultimes épreuves qui ne nous avaient pas été divulguées.Nous devons nous délester de nos montres, de nos cartouches et vider le contenu de nos gourdes sur le sol. (Interdiction de la vider dans le gosier).On ne nous dit mot sur la suite qui se déroula de la manière suivante : 

  1. Marche rapide de cinq kilomètres sur route et en peloton serré. Une jeep nous croise et nous recroise lentement. Le convoyeur croque paisiblement une pomme bien juteuse.
  2. Nous embarquons dans des camions. Sitôt le dernier homme embarqué, nous en redescendons pour reprendre immédiatement la speed-march. Il doit être 9 heures et le soleil commence déjà à nous beurrer le cigare.
  3. Marche d’environ 10km avant de revoir définitivement nos véhicules qui nous conduisent à l’endroit où nous attend la nourriture. ( Mais nous n’en savions rien avant de la découvrir ).
  4. Nous débarquons des camions et nous alignons face à une assez large échoppe. Tous nos regards se portent avec envie sur des boites de jus, des petits pains et des fruits bien installés en évidence sur des tréteaux, à quelques mètres de notre nez.
  5. Drill de peloton de plus ou moins dix minutes devant les boites de jus.
  6. Nous faisons la queue pour une prise de sang. Un par un. (Prise difficile pour certains).*
  7. Nous pouvons manger. L’estomac s’étant « rétréci », un petit bol de riz suffisait amplement. Par compassion, le médecin nous fit quelques recommandations, mais ceux qui s’empiffrèrent subirent de terribles maux d’estomac et des indigestions. C’était une des dernières leçons à retirer du programme. 

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La barbe bien fournie, hirsute et dégageant une odeur assez forte, nous regrimpons dans des camions qui nous reconduisent à la base de Kamina par des routes chaotiques, en une seule étape de 250km. Nous fûmes le dernier contingent à avoir réalisé au Katanga cette opération qui se répétait deux fois par an depuis 1956. Pendant ces dix journées, il était décisif de garder le moral. De plus, quand la volonté est en avant, le corps doit suivre. Ceux qui se portèrent volontaires pour participer à cette opération ne l’oublierons jamais. Elle s’appelait « survie », mais on aurait pu tout aussi bien la dénommer, comme dit en québécois, opération « boîte à lunch ». Car cette fameuse gamelle, -citée tant de fois dans le présent texte-, s’imposait quotidiennement à nos soucis.En ce qui concerne le pourquoi du déroulement d’une O.S., on peut se rappeler que seulement cinq années plus tôt, lors de la guerre de Corée de 1950 à 1953 et de celle d’Indochine se terminant à Diên Biên Phú en 1954, les Chinois imposèrent à leurs prisonniers des conditions bien plus sévères que celles établies pour notre entraînement. Le but ne consistait certes pas à nous préparer à un éventuel emprisonnement, mais les conflits de l’époque pouvaient obliger les nations occidentales à mobiliser des troupes bien entraînées sur d’exotiques théâtres d’opérations.Il était donc cohérent de la part de nos autorités militaires de choisir ce type d’exercices spécialement conçus pour certaines unités. Modèles d’exercices toujours valables pour les actuels SAS, SBS, Delta Force et autres Forces Spéciales. L’instigateur de l’Opération Survie, le colonel Jean Militis (1922-2006) ayant combattu en Corée à la tête d’une compagnie et ayant expérimenté la première O.S. au Congo en 1955, ne faisait que rejoindre les conceptions du Colonel Ed. Blondeel (1906-2000) qui estimait avec raison : « Leçon terrible, certes : les faibles, les moins entraînés meurent d’abord. Donc seul une armée bien équipée, et surtout bien entraînée, à haut moral, peut avec un minimum de pertes, constituer efficacement dans le cadre de nos alliances défensives, la solide assurance-liberté dont nous avons besoin ». Chacun à leur manière, ses deux grands personnages avaient connu et analysé deux décennies de guerre pour en tirer des conclusions qui convenaient. Il est souhaitable que nos représentants politiques de demain n’en oublient pas l’essentiel. Serait-il raisonnable de cantonner nos armées uniquement à des « O.J.S. » (Opérations Juniors Secouristes) ?  Claude-Ferdinand Mathieu. *Extrait du rapport médical effectué lors d’une O.S. antérieure à celle du 13ème Détachement … Lors de l’examen médical du cinquième jour, 11 hommes furent éliminés pour raison médicale :1 chute avec traumatisme du genou 1 cas de dysenterie bacillaire sanglante 1 cas de brûlure 2è degré très étendu 1 cas de récidive d’hématome à la jambe 3 cas d’épuisements physiques prononcés 1 cas de mycose généralisé 1 cas d’appendicite subaiguë 1 cas de syncope répétées 1 cas de syncope à l’arrivée. Les examens post-survie ont fait apparaître : 9 cas d’anémies prononcées  31 cas d’hypochlonirémie 14 cas avec V.S. accélérées 1 cas de chute sévère de tension 1 cas d’oxyures 1 cas de kystes d’amibes.  … l’effort à fournir par les hommes fut extrêmement violent et, en considérant l’état de fatigue des hommes, … il devient fort difficile dans certains cas d’établir la part morale et physique des abandons (du 5è jour). Ici intervient d’ailleurs sans nul doute le rôle de la sélection en Belgique….   

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